Quelques repères socio-historiques.

La crémation est très ancienne et se retrouve un peu partout de par le monde.

La crémation réapparaît dans les Temps Modernes et certains éléments historiques éclairent le contexte de sa redécouverte. Si l'inhumation est depuis l'ère chrétienne le modèle privilégié en Occident, puisque la crémation a très longtemps été considérée comme païenne, les épidémies, les guerres, les chasses aux sorcières, l'inquisition, etc. ont néanmoins permis à la crémation de perdurer à travers l'imaginaire occidental pendant pratiquement deux mille ans.

L’influence des Lumières, des mouvements hygiénistes et des libres penseurs sur l'Occident participe à la formation des mouvements de propagande procrématistes.

C'est au cours de la seconde moitié du XIXe siècle que la pratique crématiste resurgit et s’articule autour de 3 dates.

Le Docteur et député du Puy-de-Dôme, Jean-Baptiste-Antoine Blatin fait adopter un amendement en faveur de la liberté de choisir sa sépulture – Inhumation ou Crémation –, et le 15 novembre 1887, la loi sur la liberté des funérailles est votée. Il est désormais permis à  tout majeur ou mineur émancipé, en état de tester, de régler les conditions de ses funérailles, notamment en ce qui concerne le caractère civil ou religieux à leur donner et le mode de sa sépulture. 

Bien que ni le mot crémation ni celui d’incinération ne soient mentionnés, le texte ouvre la voie à cette pratique funéraire. Le décret d’application, publié le 27 avril 1889, légalise la crémation en France.

Toutefois, avant même qu’elle soit permise, dès le 19 mai 1886, l’Église catholique, par la voix du pape Léon XIII, énonce l’interdiction formelle de la crémation et rappelle qu’il faut enterrer les corps des fidèles défunts. L’inflexibilité de l’Église répond à l’anticléricalisme affiché par nombre de partisans de la crémation, considérés par les instances catholiques comme des hommes d’une foi douteuse ou affiliés à la Maçonnerie.

L'Église catholique ayant renoncé à voir dans cette pratique une négation des dogmes chrétiens, en considérant que la crémation du corps ne touche pas à l’âme,  le 5 juillet 1963 est publié un décret qui permet désormais aux chrétiens de pratiquer la crémation.

Effective pendant près de 80 ans, cette condamnation par le Vatican a lourdement pesé sur le développement de la crémation, qui a connu une très lente évolution tant du point de vue du taux de crémation que du nombre de crématoriums.

La crémation réalité aujourd’hui nécessité demain.

Aujourd’hui, notre société se transforme rapidement et la mort aussi évolue avec des rites et une organisation des obsèques qui changent.

D’une pratique marginale réservée à de rares militants, la crémation est passée en quelques années à une pratique de masse; choisie pour un tiers des obsèques, elle n’est plus désormais un mode de sépulture marginal.

Les prévisions de l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF) établissent que les pratiques crématistes devraient s’établir à 35 % en 2020, puis à 50 % en 2030. L’équilibre tant symbolique de la moitié des sépultures serait atteint dans moins d’un quart de siècle, changement tout à fait brutal à l’échelle des siècles passés.

Les représentations des crématistes peuvent être inventoriées sous cinq thématiques, le rapport au temps, à l'écologie, au corps, à l'économie et à la religion ; en ce qui concerne les motivations, on peut dire que celles-ci se répartissent en 2 catégories d’ailleurs non exclusives l’une de l’autre, d’une part celle qui relève de considérations économiques et écologiques et d’autre part celle qui ressortit à une certaine philosophie, de l’ordre de l’éthique.

La crémation : un rite funéraire économique et écologique.

Tout d’abord,  la raison fait de la personne qui a choisi la crémation un être réfléchi conscient de sa destinée finale et lucide pour examiner à l’avance le devenir de sa propre matière. C’est pourquoi l’argumentaire crématiste s’appuie sur cette double nécessité économique et écologique.

A l’heure où le pouvoir d’achat préoccupe fortement, la crémation progresse grâce au moindre coût qui lui est associé. Elle est moins onéreuse qu'une inhumation, car il n'y a ni caveau ni concession et elle est plus écologique.

Aujourd’hui, les techniques modernes de crémation évitent, contrairement aux bûchers d’antan tout contact de la flamme avec la dépouille mortelle et ainsi à 800 degrés la combustion permet la transformation décente du corps en cendres.

De plus, avec les fours modernes la crémation se déroule :

          ♦ sans bruit, sans odeur ni dégagements de fumée,

          ♦ sans intervention manuelle jusqu’à la récupération des cendres,

          ♦ dans le plus strict respect de l’hygiène,

          ♦ sans traumatisme aucun pour les familles, et on pourrait ajouter, à l’époque actuelle,  avec une dépense énergétique minimale.

Pendant la durée des opérations de crémation, les personnes qui ont accompagné le corps peuvent attendre dans une salle dite “Mémentorium”.  

Aire de repos

Une musique peut être diffusée à la demande du défunt – exprimée dans un testament – ou à celle de la famille. Une cérémonie, religieuse ou civile, peut être organisée dans les mêmes conditions.

Les cendres peuvent être dispersées dans les jardins du souvenir ou partout en France, propriétés privées incluses, sauf sur la voie publique et les jardins publics. Contrairement à la décomposition du cercueil et du corps dans la terre, les cendres sont inertes et ne polluent pas.

Les cendres peuvent être dispersées sous un arbre (ou un rosier) au jardin du souvenir,  un endroit paisible pour se recueillir en paix ; ce choix peut être un compromis entre le retour à la terre souhaité par le défunt et le désir de la famille d’avoir un lieu précis avec un nom. Devant cet arbre (ou ce rosier) sont plantées de petites étiquettes avec les  noms des défunts.

Arbre jardin du souvenir

En plus de souligner le départ d’un proche, ce geste, plus que symbolique, revêt un caractère environnemental porteur de sens pour un nombre grandissant de personnes. Les familles sauront ainsi que la mémoire de l’être aimé continue d’être honorée sous la forme d’un bel arbre qui contribuera à protéger la vie.     

L’urne peut être mise dans un columbarium, déposée à l’intérieur d’un caveau, scellée sur un monument,  inhumée dans  une propriété privée ou immergée dans la mer.

Columbarium

La montée de la crémation traduit une désacralisation croissante du corps. Les familles sont plus désireuses de services ainsi que d’un accueil chaleureux de la part des opérateurs du funéraire. Elles accordent moins d’importance à l’aspect ostentatoire des produits des obsèques tel que le cercueil.

Par ailleurs, si la santé publique n’est plus altérée par les inhumations, en revanche une autre raison, urbanistique celle-ci, s’impose aux pouvoirs publics. Une dizaine de mètres carrés reçoit trois ou quatre tombes tandis que la même surface peut accueillir un columbarium abritant deux cents urnes. 

« Laisser la terre aux vivants », telle est la devise des crématistes ».

L'influence de l'urbanisation et de la densité urbaine jouent un rôle décisif dans la popularité de la pratique crématiste ; les préoccupations manifestes des personnes à l'égard de l'écologie sont sous-tendues par la réalité d'une urbanisation au XXIe siècle qui laisse moins de place aux morts.  

L'évolution du mode de vie transforme les pratiques traditionnelles du souvenir : visites plus rares au cimetière, entretien des tombes négligé, etc.

A travers la crémation, les professionnels vivant de la mort trouvent de nouveaux débouchés : construction de columbariums, de jardins du souvenir paysagers, de sculptures symboliques, etc.

La force de l’architecture peut ainsi prendre tout sa signification dans l’architecture funéraire, en ce sens que lors d’une crémation, l’espace dans lequel nous évoluons pour pratiquer le rituel des adieux joue un rôle très important dans ce que nous ressentons.

La crémation : une véritable éthique moderniste

Au-delà des raisons purement matérielles rationnelles exprimées dans le discours crématiste, il existe une signification symbolique et spirituelle pour une majorité de ses adeptes. 

S’il en est bien pour qui la crémation exacerbe l’idée de destruction, il apparaît plutôt que de confier son corps à la flamme permet au contraire, d’une part de réinsérer les morts au cœur des cités au lieu, comme dans beaucoup de cimetières construits véritables déserts de pierres, de le rejeter au loin et d’autre part, de laisser la terre aux vivants ; les morts sont toujours respectés et n’en sont pas pour autant oubliés.

Pour celui qui vient de mourir, la crémation est avant tout une question de dignité et de respect.

Le besoin de ritualiser la mort a une longue histoire, mais les différents rites autour de la mort ont peu évolué. Quand on les observe sur un très long terme, on constate que l’on reproduit, à quelques nuances près, les mêmes opérations rituelles que nos ancêtres : veille du défunt, prières pour son salut, annonce du décès, expressions d'affliction, hommages, soins de sa dépouille, sépulture, procession, inhumation ou crémation, repas communautaire, port des signes du deuil, etc. Les convictions du défunt et des survivants influencent le niveau d'élaboration des opérations rituelles. Selon les situations sociales et le statut du défunt, certaines de ces opérations peuvent être plus ou moins élaborées.

Dans une quête de sens face à la perte, il est de plus en plus commun que les familles demandent des rituels personnalisés qui visent à marquer par des gestes, des souvenirs et des objets le caractère particulier et les goûts du défunt. Ces rituels funéraires personnalisés, avec un cérémonial plus intime et psychologique que social, occupent ainsi des fonctions importantes dans la société, notamment comme repères transmis de génération en génération et comme amorces du travail de deuil.

Ritualiser la mort un besoin universel 1

Les Crématistes du Nord, en liaison avec les prestataires de funérailles, mettent en forme des protocoles adaptés à la personnalité de chaque défunt et des cérémonies de départ personnalisées en hommage pour le défunt et le réconfort des proches.

Ainsi, ce temps de séparation si difficile peut être empreint de toute la dignité et de tout le recueillement souhaitables.

Dans la société individualiste contemporaine, les individus se considèrent de plus en plus responsables de leur mort tout comme ils doivent être responsables de leur vie. La personnalisation de cérémonies civiles constitue le moyen d'ériger le sens qu'ils souhaitent donner à leur mort et rend compte de cette relation de plus en plus individualisée à la mort.

Une autre dimension de l’action crématiste est celle de la solidarité exercée à l’endroit des déshérités de notre société, personnes seules, sans famille ou abandonnées des leurs qui peuvent ainsi trouver un havre de secours et la chaleur humaine nécessaire à tous. Cet esprit se retrouve dans la conception des columbariums à caractère collectif alors que le caveau classique symbolise, au contraire, l’individualisme. Cette solidarité débouche sur une véritable fraternité et rejoint par là les deux autres valeurs du triptyque républicain : liberté et égalité.

La crémation : en parler à ses proches.

Il y a parfois des décisions très difficiles à prendre dans la vie, et prendre la décision de préparer ses services funéraires en fait définitivement partie. On réalise alors que la mort s’approche beaucoup trop rapidement et qu’il est temps de tout régler avant que le fardeau funéraire doive être relégué sur les épaules de ses proches. Quelles que soient les raisons, il est grandement souhaitable d'en discuter avec eux afin de partager cette décision. Après tout, s'il est vrai que notre mort nous appartient, la douleur de notre départ nous échappe et incombe davantage à ceux qui nous survivront.

La crémation doit être le fruit de la volonté de la personne défunte. Aucune attestation n’est demandée par les services officiels ou entreprises funéraires.

Pour en bénéficier, il faut le faire savoir oralement à son entourage.

Cependant les associations crématistes recommandent vivement, l’écriture d’un testament olographe, comportant la date écrite en toutes lettres ainsi que la signature du testateur en bas du texte rédigé, dans lequel il faut indiquer son choix de la crémation, avec ou sans cérémonie civile ou religieuse, de la destination des cendres et désigner la ou les personnes« ayant qualité » pour pourvoir à ses funérailles.

Ce document, en trois exemplaires, est conservé par l'intéressé dans son livret de famille, par l'association crématiste et par un tiers ou par un notaire.

Le dépôt d'un testament auprès d'une association crématiste permet, en cas de besoin, une intervention auprès du Procureur de la République et constitue alors une solide assurance pour faire respecter ses propres volontés (le non-respect des volontés d’un défunt peut être  sévèrement sanctionné, 1 an de prison et plus de 7 000 euros d’amende, à condition que ces volontés apparaissent notifiées par un écrit).

L’Association des Crématistes du Nord, dans sa mission de conseil et d’aide impartiale et gratuite, propose un modèle de testament crématiste dans lequel vous pouvez habiliter le Président (ou son représentant) pour vous garantir de bénéficier d'obsèques avec crémation. 

Le renouveau de la crémation

La culture occidentale moderne, en constante évolution, repose à présent sur des valeurs de régénération et de purification que la crémation permet de représenter. Les obsèques sont organisées autour de la crémation et de la dispersion des cendres (il n’y a alors pas de dégradation du corps, mais un retour rapide à la nature).

La cérémonie accompagnant le placement de l'urne dans la niche de crémation ou le jardin du souvenir offre à la famille et aux amis un moment pour accepter le deuil de la personne aimée. Ce lieu permanent offre aussi aux proches un endroit réel pour les visites et la réflexion.

C’est ainsi que de plus en plus de personnes se déclarent favorables à une crémation, et que le taux de crémation progresse de 1 à 2% par an. La moyenne française se situe autour de 30%, et dépasse les 40% dans les grandes villes, notamment en raison de l’installation en zone urbaine des crématoriums. Plusieurs facteurs peuvent également inciter au choix de la crémation :

           ♦ la dispersion de la cellule familiale : les tombeaux de familles sont souvent délaissés,

           ♦ le manque de place dans les cimetières,

           ♦ le prix des concessions,

           ♦ le coût inférieur au coût d’une inhumation,

           ♦ la perception plus écologique (le corps revient plus rapidement à la nature),

           ♦ l’aspect laïc que peut revêtir la cérémonie (la moitié des cérémonies de crémation ont un caractère laïc).

Par suite, la décision d’une sépulture  cinéraire peut aussi nécessiter la prise en compte de nombreux facteurs :

           ♦ la mémoire,

           ♦ la trace,

           ♦ le souvenir,

           ♦ les contraintes de la vie actuelle,

           ♦ la dispersion familiale,

           ♦ la saturation des nécropoles,

           ♦ la désaffection pour certains rituels funéraires et la liberté individuelle.

La crémation est toujours à situer dans un courant de revendications de liberté (liberté dans la vie, liberté dans la mort) ; l’esprit qui l’anime, réconciliant matérialisme et spiritualisme, est résolument tourné vers la vie et vers l’avenir.

En définitive, si la crémation apparaît bien comme une conduite funéraire porteuse d’avenir, c’est fondamentalement parce qu’elle se trouve au point de confluence de conditions socio-économiques objectives (hygiène publique, économie, écologie, urbanisme) avec une mentalité moderne d’un nouvel ordre qui est en train de s’affirmer.

Date de dernière mise à jour : 05/03/2018