Un accompagnement global basé sur l'écoute

Nos modes de vie évolue sans cesse impactant toutes les étapes de notre existence la mort comprise. Notre vision de l’ultime voyage s’en trouve transformée non sans conséquence sur l’organisation même des funérailles. Et depuis ces dernières années, les attentes en matière de funéraire connaissent d’importes évolution avec deux tendances fortes : personnalisation et humanisation.

S’éloignant peu à peu des traditions et des conventions, les familles souhaitent pouvoir personnaliser la cérémonie de funérailles, une demande accentuée par la forte progression qui favorise la mise en œuvre de nouveaux rituels et pratiques.

Mais les familles attendent surtout une prise en charge plus humaine de la mort, de son annonce à l’organisation des obsèques. Elles souhaitent que les professionnels du funéraire se montrent plus à l’écoute et les accompagnent de manière plus personnalisée.

Les professionnels funéraires doivent aussi être des témoins et se présenter tels qu’ils sont au quotidien : les premiers et principaux alliés des endeuillés, à leur service direct dans les pires moments face à la mort. Et, ce que vivent les familles, c’est le message envoyé aux médias par les intervenants qui se sont relayés dans l’amphithéâtre du Sénat le lundi 3 octobre 2016 pour aborder le deuil chacun dans leur spécialité respective, le but était d’en dire un peu plus que d’habitude à propos du deuil.

A l’appui et comme point de démarrage, ce colloque s’appuyait sur les résultats de l’étude menée par le Credoc sur le deuil, sous commande passée par la CSNAF (Chambre Syndicale Nationale de l’Art Funéraire). Cette étude a su pointer les enseignements majeurs qui découlent d’un sondage réalisé en 2016 auprès de 3 071 personnes âgées de plus de 18 ans, sondage prolongé ensuite par des entretiens (28 entretiens semi-directifs d’une durée moyenne d’une heure trente). Il en ressort des enseignements que Damien Le Guay a parfaitement bien su récapituler en fin de colloque.

          Constat.

1. Les endeuillés sont très nombreux

2. Le deuil est vécu douloureusement et dans la durée

3. Il peut ne jamais se terminer en passant du registre de la douleur à celui de la fidélité

4. Il touche en majorité la tranche des 45-54 ans

5. Il a des effets dépressifs durables

6. Il entraîne une fatigue physique durable constatée médicalement

7. Il s’accompagne de troubles relationnels

8. Il entraîne des perturbations sur le plan spirituel

9. Il entraîne des perturbations des conditions de travail

10. Les effets négatifs sont concentrés essentiellement sur la première année

11. Les conditions de fin de vie influent sur la qualité du processus de deuil

12. Le rôle des opérateurs funéraires, co-constructeurs des obsèques, est essentiel.

13. Le rôle des religions persiste.

          Des prises de conscience sociétales sont nécessaires.

1. Les endeuillés ne doivent plus être un continent invisible.

2. Ils ont des souffrances physiques et psychiques cumulatives.

3. Le temps des endeuillés n’est pas aussi court que le voudrait la pression sociale : la légitimité de la souffrance qui dure doit être reconnue.

4. L’endeuillé est affecté dans tout son être et toutes ses activités : il y a un effet domino dans l’épreuve.

5. Les opérateurs de pompes funèbres ont un rôle essentiel, autant sur un plan humain que pratique.

          Deux chantiers d’avenir.

1. Dans une société par trop «rationnelle», il faut réhabiliter les expressions sociales des émotions : on a le droit d’en avoir et de pouvoir en parler.

2. Il faut recréer des solidarités par un partenariat entre les différents intervenants à tous les stades du deuil.

Pour en arriver à cette vue d’ensemble, les intervenants du colloque se sont succédés en abordant le sujet du deuil chacun dans sa compétence respective :

          ►Tanguy Châtel, sociologue, a soulevé la question essentielle qui consiste à se demander si le deuil est une affaire privée ou un enjeu de société. Selon lui, la société a désappris l’accompagnement dans la continuité tout en exposant les endeuillés à des séquences d’interventions professionnelles isolées entre elles, sans réelle logique partagée au service de l’endeuillé.

Peut-être est-ce pour cette raison que l’on ne comprend pas toujours à quel point l’implication des familles est nécessaire dans les funérailles pour la suite du travail psychologique du deuil. Peut-être aussi que la portée du deuil n’est pas vraiment comprise dans l’ampleur et la diversité de ses conséquences. D’où un déficit de réponses qu’il convient de combler sachant que les intervenants les plus reconnus par les endeuillés s’avèrent issus de la famille, de l’entourage au travail et des professionnels funéraires dont les français attendent beaucoup et probablement encore plus…

          ► Christophe Fauré, psychiatre, a cerné trois priorités d’action immédiate.

Il faut agir sur les images post traumatiques de la mort touchant les endeuillés à la suite d’un décès brutal, dramatique ou rapide ainsi que les professionnels confrontés à forte dose à ces mêmes situations. Il faut ensuite s’approprier «le palliatif» pour le démocratiser, faire en sorte qu’un mouvement citoyen se crée autour de la mort apaisée et du deuil mieux assuré.

Enfin il a souligné la portée physique du deuil qui peut favoriser les infections, maladies et crises cardiaques.

Sans oublier la gifle qu’il porte aux idées reçues : «non, un deuil qui dure 5 ans, voire toute une vie, n’est pas une pathologie ni une tare. Le deuil est un processus long qui n’est d’ailleurs pas forcément négatif».

Claude Le Pen, économiste de la santé, a jeté le pavé dans la marre : «Y-a-t-il aujourd’hui une

défaillance? Où est le problème ?

La problématique sociétale et collective est importante mais l’Etat doit-il s’en mêler ? On n’est pas là pour économiser les coûts mais pour les rendre effectifs en résultats objectifs. Or la politique de dépenses collectives ne peut pas impacter les réponses en termes de rites au moment des funérailles…».

          ► Nathalie Vallet- Renart, Présidente du cabinet Aldhafera, DRH d’entreprise, a soulevé la nécessité

d’une solidarité d’ensemble dans l’entreprise sans que tout retombe sur la responsabilité du service des relations humaines. Elle a aussi insisté sur le principe du respect des besoins formulés par l’endeuillé au travail, émaillant son intervention de témoignages concrets et poignants.

          ► François Michaud-Nérard, Directeur Général des Services Funéraires de la ville de Paris, tout en insistant sur la qualité de moment charnière des funérailles, a soulevé un constat majeur : il n’y a plus le deuil mais des deuils, très différents entre eux. Face à cette nouvelle situation, le professionnel de pompes funèbres ne peut plus être l’ordonnateur des convenances car il doit devenir l’accompagnateur des singularités. Son intervention poursuit trois buts, assigner une place physique et symbolique au défunt, rétablir l’ordre troublé par le décès et assurer finalement l’amorçage efficace du travail du deuil.

          Objectif atteint ?

En évoquant le funéraire, les débats les plus courants portés devant le grand public parlent de données économiques et professionnelles, d’impact environnemental, d’organisation communale, d’archéologie et de rites, etc.

C’est trop souvent oublier ce que Damien Le Gay a nommé dans le colloque «le continent invisible des endeuillés en France». La réalité est massive tout en étant ignorée :

- 40 % des personnes que nous croisons dans la rue sont affectées par un deuil et en souffrent au moment même où nous les apercevons. C’est le premier enseignement choc de ces premières assises.

- Le second enseignement choc tient au premier : les professionnels funéraires vivent un quotidien très différent de l’image qu’en retiennent les médias, le corps social et ses représentations car ils sont en première ligne d’intervention sur l’essentiel que vivent les endeuillés qui est fait de souffrance, de complexité mais aussi de dignité humaine.

Cette dimension de l’essentiel oriente totalement les efforts produits par la filière funéraire, de l’amont des fournisseurs à l’aval des opérateurs directement au contact des familles.

Il n’est donc pas étonnant, voire il est légitime, comme l’a précisé Marc Manzini (CSNAF) dans son introduction des travaux, que les professionnels funéraires soient à l’origine d’une nouvelle impulsion pour la prise en compte améliorée des difficultés rencontrées à la suite d’un décès.

L’environnement et les conséquences de la mort dans la France de 2016 participent d’une évolution générale de la société dont il faut gommer les effets les plus négatifs quand la mort frappe.

Cela nécessitera une collaboration encore inédite entre tous les acteurs accompagnant les endeuillés, dans un esprit parfaitement transdisciplinaire.

C’est le troisième enseignement choc de ces premières assises qui ont réuni et croisé des talents différents, complémentaires et partageant une motivation forte pour accompagner chaque endeuillé sur son chemin de souffrance. Puissent-ils être compris dans ce sens par les journalistes en cette période médiatique de Toussaint…

Jean-Pierre Sueur, en rejoignant les travaux, a manifesté son intérêt.

Marc Manzini, initiateur de ces Assises et Aubin de Magnienville, nouveau Président de la CSNAF ont assumé leur rôle d’ambassadeurs de la filière en défendant la réputation de l’ensemble des professionnels

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Les intervenants

Les Français et les obsèques 2016.

Le contenu des questions posées ne correspond que très peu à l’étude menée il y a deux ans et la méthode de recherche diffère également.

En 2014, l'enquête portait sur un échantillon de mille personnes interrogées au téléphone. En 2016, il s’agit de trois mille personnes interrogées par Internet. En 2014, nous étions sur un échantillon d’âge de 40 ans et plus. Cette année, l’échantillon est étendu à tous les adultes. Les sujets abordés dans le sondage ciblent des besoins courants d’information chez les particuliers.

Si certaines questions ont été conservées, l'historique présenté est à considérer avec précaution.

L’objectif en 2016 n’est pas comme en 2014 de permettre aux professionnels de mieux comprendre les attentes de leurs clients ; dans l'absolu, l'étude s’adresse surtout au grand public désireux de se faire une idée à propos de la filière funéraire, ses professionnels et ses pratiques.

Nota : méthode des quotas selon l'âge, la CSP (catégorie socio-professionnelle), la région et la taille de l'agglomération. 

Crédoc Les Français et les obsèques _ 2016.

 

Présentation de l'enquête.

Cette enquête comporte deux parties :

               ► elle interroge d’une part ceux qui ont eu à organiser ou à participer à des obsèques au cours des deux dernières années ;

               ► elle interroge d’autre part ceux qui ont vécu un deuil marquant au cours de leur vie.

Dans de nombreux cas, il peut s’agir du même événement puisque c’est pour les personnes les plus proches affectivement que l’on est généralement amené à organiser des funérailles.

              ► En particulier, la perception des professionnels du funéraire s’exprime dans les questions d’opinion, mais aussi dans le recueil d’expérience des répondants ayant été directement confrontés à eux lors de l’organisation ou de la participation à des obsèques.

Eléments méthodologiques :

              ► Les précédentes enquêtes ont été réalisées par téléphone. Celle de 2016 l’a été par Internet (des internautes ont répondu à un questionnaire en ligne).

              ► De plus, elle porte sur les 18 ans et plus alors que les vagues antérieures n’interrogeaient que les 40 ans et plus. Cette extension apporte des éléments de connaissance essentiels sur la perception de la mort et le vécu du deuil des moins de 40 ans.

Grands enseignements.

  ► L’inhumation reste le mode funéraire dominant mais perd du terrain.

La hausse de la crémation ne semble pas s’expliquer par un effet générationnel : prisée par les plus de 60 ans, elle est moins souhaitée chez les plus jeunes (18-24 ans, et moins de 45 ans)… même si les jeunes et les non-pratiquants sont plus nombreux à être indécis.

  ► Même pour les cendres, souhait d’un lieu de mémoire qui reste traditionnel (tombe, columbarium…) et qui est collectif (cimetière, jardin du souvenir…)

  ► La présence au cimetière pour une inhumation est massive : 23 points d’écart par rapport au dépôt ou à la dispersion des cendres.

  ► Lorsqu’il s’agit d’une inhumation, la cérémonie dure plus longtemps : 27% durent plus d’une heure, contre 13% pour une crémation. Il s’agit aussi plus souvent d’une cérémonie religieuse.

  ► Pour le défunt, il semble important de faire connaître son choix à ceux qui restent.

  ► Quelle que soit la cérémonie, on respecte le choix du défunt.

  ► Quel que soit le type de cérémonie, on la trouve le plus souvent en adéquation avec le défunt.

  ► Les pompes funèbres, premiers soutiens parmi les professionnels (73%), et les plus bénéfiques (92%).

  ► Une perception a priori globalement positive des pompes funèbres, et plus encore a posteriori.

 

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L’organisation ou la participation à des funérailles.

L’impact des soins de conservation du corps sur le vécu d’un deuil marquant.

L’impact de la cérémonie sur le vécu d’un deuil marquant.

L’image des professionnels du funéraire.

Les Français et les obsèques 2014.

Dans la lignée des enquêtes menées en 2005, 2007 et 2009, le Crédoc (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie) a récemment interrogé, pour le compte de la Chambre Syndicale Nationale de l’Art Funéraire (CSNAF), 1029 individus âgés d’au moins 40 ans sur leurs pratiques et attentes ayant trait aux obsèques. 

Les données présentées ci-après sont principalement issues de cette enquête réalisée au téléphone par le CREDOC (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie) du 26 février au 7 mars 2014 à partir de la méthode des quotas selon les variables âge, sexe, PCS, région et taille d’agglomération).

Les précédentes enquêtes pour la CSNAF avaient été réalisées en 2005, 2007 et 2009 avec une méthodologie similaire.

 Crédoc Les Français et les obsèques _ 2014.

Le numérique gagne du terrain.

Bien que marginalisée dans une société louant la jeunesse et la vie, la mort constitue un sujet d’importance croissante dans un contexte de vieillissement démographique. En marge d’une tradition demeurant prégnante, des transformations s’observent depuis une trentaine d’années dans les pratiques funéraires.

Dans la lignée des enquêtes menées en 2005, 2007 et 2009, le Crédoc (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie) a récemment interrogé, pour la Chambre Syndicale Nationale de l’Art Funéraire (CSNAF), 1029 individus âgés d’au moins 40 ans sur leurs pratiques et attentes ayant trait aux obsèques. 

Les résultats mettent en évidence la progression de l’immatériel dans les pratiques funéraires  ;en 2013, 63 % des personnes résidant en France âgées d’au moins 12 ans se connectent quotidiennement à Internet et 55 % y achètent des produits et des services. Pour l’organisation d’obsèques, le recours à Internet est encore marginal : 5 % des interrogés déclarent l’avoir utilisé à cet effet.

 Il existe cependant une véritable attente à l’égard de la toile en matière de recherche d’informations sur les funérailles : 40 % des sondés seraient prêts à l’utiliser pour se renseigner sur les démarches à suivre et 31 % pourraient en faire usage pour établir un devis auprès d’un opérateur. La richesse d’Internet est jugée pertinente pour préparer la rencontre avec un opérateur du funéraire en vue d’une dépense exceptionnelle et relativement élevée.

La récente loi de 2010, arrêtant un modèle de devis commun afin de simplifier la comparaison entre opérateurs, s’inscrit dans cette tendance. Les personnes prêtes à utiliser Internet dans le cadre d’obsèques ont le même profil que celles achetant le plus souvent sur la toile : ils sont plus diplômés, plus jeunes et disposent de revenus plus élevés. On y trouve aussi plus d’individus ne souhaitant pas une cérémonie religieuse.

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La lente progression de la crémation.

Dans le même temps, la crémation est choisie pour un tiers des obsèques.

La montée de cette pratique traduit une désacralisation croissante du corps. Elle peut aussi découler du manque grandissant de places dans les cimetières urbains.

En 2005, 61 % des interrogés disposaient déjà d’un emplacement. Ils ne sont plus que 56 % en 2014. L’éloignement géographique familial constitue une autre raison de l’intérêt pour la crémation. 

En souhaitant la dispersion de leurs cendres ou le dépôt de leur urne dans un columbarium (édifice disposant de niches à destination des urnes cinéraires), les individus questionnés cherchent souvent à épargner à leurs proches l’entretien de leur future tombe.

De plus, à l’heure où le pouvoir d’achat réoccupe fortement, la crémation progresse grâce au moindre coût qui lui est associé.

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Accueil et service plus attendus.

Enfin, les familles sont plus désireuses de services ainsi que d’un accueil chaleureux de la part des opérateurs du funéraire.

Elles accordent moins d’importance à l’aspect ostentatoire des produits des obsèques tel que le cercueil.

Depuis quelques années, parmi les attentes à l’égard des opérateurs de pompes funèbres, l’accueil chaleureux (jugé important pour 58 % des interrogés) compte davantage que le prix des produits vendus (51 %). Les personnes endeuillées cherchent de plus en plus un véritable accompagnement humain pour faciliter la mise en œuvre d’une démarche psychologiquement éprouvante : en 2014, 38 % attendent une prise en charge totale contre 33 % en 2005.

De même, dans le cadre de la cérémonie, les éléments impalpables que constituent l’atmosphère accueillante (76 %) et la diffusion de musique ou la lecture de textes (67 %) se classent comme des attentes sensiblement plus importantes que les produits (monuments funéraires, fleurs, plaques du souvenir.).

Les générations précédentes mettaient l’accent sur la qualité du cercueil et de la pierre tombale en raison du caractère ostentatoire que devaient revêtir les funérailles. Jusqu’au milieu des années 1970, les obsèques catholiques rendaient formellement compte d’un rang social avec un système de « classes d’honneurs » (importance du personnel ecclésiastique présent, ornement du cercueil…) dépendant des ressources financières de la famille du défunt.

Aujourd’hui, la prépondérance de l’ambiance sur les produits témoigne d’une rupture avec la tradition : le rituel funéraire des générations les plus anciennes, à visée sociale, laisse lentement place à des obsèques limitées à un processus intime de deuil des plus proches. Par ailleurs, la montée de l’athéisme joue en défaveur de la dimension ostentatoire des produits : la volonté de payer le moins cher possible pour des obsèques est particulièrement forte chez les non croyants (42% contre 27 % dans l’ensemble de la population).

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Date de dernière mise à jour : 21/04/2017