Un recours croissant à la crémation

La crémation existe en Inde depuis des millénaires, et en réalité elle n’est pas une nouveauté concernant les rites funéraires utilisés en Occident. En effet, dans l’antiquité, en principe la classe sociale la plus haute était crématisée alors que la population de classe inférieure, c’est-à-dire les pauvres et les esclaves, était tout simplement jetée dans les fosses communes.

Ainsi Sulla, César, Pompée et Auguste ont choisi la crémation. A l’époque elle était réservée aux personnes riches pour une raison économique puisqu’il fallait une quantité de bois suffisamment importante pour constituer le bûcher funéraire. Le coût du bois étant considérable, la crémation n’était donc pas à la portée de toutes les bourses. Cette pratique est donc toute aussi ancienne que l’inhumation en Europe.

 Au temps des Gaulois, c’est-à-dire du Ier au III ème siècle, là encore la crémation était employée pour les obsèques. D’ailleurs, c’était le mode funéraire qui prédominait pour les obsèques. Les Gaulois croyaient en la survie de l’âme et en la réincarnation, on peut donc peut-être repérer des similitudes avec la culture hindouiste.

Le rite funéraire prenait une grande importance dans leur culture car ils étaient effrayés à l’idée que l’âme puisse revenir se venger si elle n’était pas inhumée dignement. Ils purifiaient donc les corps à l’aide des flammes du bûcher funéraire. Les restes étaient en suite placés dans des urnes en terre cuite, puis celles-ci devaient être enterrées sommairement sans sépulture particulière.

Vers la fin du VIII ème siècle, on a souvent imputé à Charlemagne l’interdiction historique de la crémation mais en oubliant que dans son fameux capitulaire "De partibus Saxonie" de 722, il interdisait aussi l’inhumation sous un tumulus, c’est à dire sous un monument païen. Charlemagne voulait ainsi forcer les saxons, adeptes d’autres cultes et pratiques funéraires, à embrasser la foi chrétienne et à faire allégeance. En effet les chrétiens, quant à eux, avaient toujours préféré l’ensevelissement des corps, perpétuant en cela la coutume juive ; on peut aussi imaginer que la mise en œuvre d’une crémation, avec son importante consommation de bois, dans les terres arides du berceau du Christianisme n’était pas une solution funéraire vraiment adaptée.

Beaucoup plus tard, les Inquisiteurs catholiques firent de la crémation des cadavres des hérétiques qu’ils faisaient déterrer, un instrument de terreur populaire, voulant faire croire que sans la présence d’un corps, ni la résurrection, ni la paix de l’âme n’étaient possibles.

 En 1886, pour lutter contre l'influence des laïcs libres-penseurs et partisans de la liberté de funérailles, mais aussi pour tenter de conserver son implication dans le déroulement des obsèques, l’Église réaffirma l’interdiction religieuse de la crémation en même temps que le rejet des associations qui en faisaient la promotion.

Une fois encore, c’était une décision stratégique car du strict point de vue théologique, rien n’interdit explicitement aux catholiques de crématiser leurs morts. Ce que confirmera le concile Vatican II de 1963 en autorisant enfin la crémation aux catholiques.

Mais la France est un pays catholique où les pratiques funéraires ont tout de même été marquées pendant des siècles par la religion. L’inhumation classique reste dans tous les esprits même si l’abandon et le déclin progressif des pratiques et du sentiment d’appartenance de la population au christianisme et plus largement à la religion est une des composantes de la vie sociale actuelle. Mais ce processus est un indice certain de la croissance d’utilisation du mode de funérailles qu’est la crémation.

En effet, c’est à la fin du XIXème siècle qu’est né le discours crématiste. En France, la crémation est autorisée depuis le décret d’application de la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles 

La loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles a accordé à chacun le droit de décider des conditions de ses funérailles.

L’article 3 de cette loi, toujours en vigueur, dispose ainsi que « Tout majeur ou mineur émancipé, en état de tester, peut régler les conditions de ses funérailles, notamment en ce qui concerne le caractère civil ou religieux à leur donner et le mode de sa sépulture. Il peut charger une ou plusieurs personnes de veiller à l’exécution de ses dispositions. Sa volonté, exprimée dans un testament ou dans une déclaration faite en forme testamentaire, soit par-devant notaire, soit sous signature privée, a la même force qu’une disposition testamentaire relative aux biens, elle est soumise aux mêmes règles quant aux conditions de la révocation ».

A défaut d’une telle déclaration, la volonté du défunt peut être recherchée par d’autres moyens. Si cette volonté ne peut être établie, il revient aux membres de la famille de choisir le mode de sépulture. Le mode de sépulture choisi par le défunt ou sa famille ne doit toutefois pas être contraire aux lois et règlements ou irréalisable. Le défunt peut ainsi choisir entre l’inhumation, la crémation, le legs de son corps à la science et, bien que cette pratique soit tombée en désuétude, l’immersion.

Accompagner l'essor de la crémation

La crémation n'est véritablement utilisée en France que depuis deux décennies et ne cesse d’augmenter ces dernières années. D’après l’INSEE, elle représente 35,3% des obsèques en 2015 contre 2,6 % en 1985.

 Toutefois, même si le taux de crémation en France reste inférieur à celui constaté dans de nombreux pays européens, notamment du Nord et du Centre de l’Europe, sous influence protestante, il devrait cependant progresser dans les années à venir en raison de l’évolution de notre mode de vie et des conceptions  contemporaines : politiques, philosophiques et religieuses.

Le recours de plus en plus fréquent en France à la crémation s’est accompagné d’une augmentation rapide du nombre de crématoriums.  Alors que neuf crématoriums seulement fonctionnaient en France en 1980, aujourd'hui la France dispose sur son hexagone et dans les îles de 183 crématoriums.

Les raisons de ce recours croissant de la crémation sont diverses. :

      ♦ financières, la crémation est moins coûteuse que l’inhumation.  

     ♦ psychologiques, en raison du déclin de la perception du corps comme sacré.  

     ♦ religieuses, si les églises protestantes calvinistes et luthériennes ont autorisé la crémation depuis 1898, l’interdiction édictée par l’église catholique en 1886 n’a été levée qu’en 1963. On notera cependant que la crémation est exclue chez les juifs, les musulmans et les orthodoxes. 

     ♦ sociologiques, liées à l’éclatement des familles, à l’accroissement du nombre de décès intervenus à l’hôpital et à l’augmentation de la mobilité, l’exode rural jouant notamment un rôle important, compte tenu du manque de places dans les cimetières urbains ; on observe également un déclin de la dimension sociale des obsèques, les funérailles revêtant un caractère plus « privé ». 

     ♦ matérielles, la multiplication du nombre de crématoriums depuis une trentaine d’années a supprimé l’un des obstacles à la crémation.  

Ils ont choisi la crémation

On y retrouve aussi bien des scientifiques comme :

Alfred Nobel, Robert Koch, Sir Alexandre Flemming, Albert Einstein, Anita Conti, Henri Dunant, Paul Bert, Renç Desmaison . . .

Que des écrivains comme : Jean-Paul Sartre, H.G. Wells, Maurice Maeterlinck, Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Hervé Bazin, Per jakez Hélias et Pierre Dac, Françoise Giroud, Henri de Montherlant, Romain Gary, Hervé Bazin, Théophile Gautier, Marcelin berthelot, Auguste Comte, François-Eugéne Robinet, Jean-François Deniau . . .

De nombreux artistes aussi ont choisi " l'autre chemin " : Jean Gabin, Gary Grant, Maria Callas, Viviane Romance, Bernard Buffet, Greta Garbo, Ingrid Bergman, François Truffaut, Steve Mac Queen, Arletty, Achille Zavatta, Charles Vanel et Nino Ferrer, Claude Nougaro, Georges Harrisson, Charles Trenet, Bernard Buffet, Yul Brynner, Jacques Helian, Jo Privat, Edvard Grieg, Jean Picart-Ledoux, Jean Lefebvre, Maurice Béjart, Darry Cowl . . . 

Et bien d'autres encore, comme : Eric Tabarly, Raymond Oliver, Antonio Ordoéez, Victor Schoelcher, Paul Rivet, Pierre Mendès-France, Pierre Brossolette, La Princesse Margaret, Jacques Mayol, Alain Gillot.

 Source : Fédération Française de Crémation

 

Date de dernière mise à jour : 05/05/2018