Pourquoi des rites funéraires ?

Toujours actuelle, bien qu’occultée, la mort nous concerne tous. Or, aujourd’hui, la mort est désocialisée, sortie du langage, reléguée au rang de tabou.

Pourtant, depuis la nuit des temps, les rites funéraires représentent une façon d'exprimer nos croyances, pensées et sentiments suite à la mort d'un être qui nous était cher.

Alors, pourquoi des rites funéraires?

Les rites funéraires se sont développés au fur et à mesure de l'évolution des civilisations, en fonction de différentes perceptions philosophiques et religieuses.

Le souci de la sépulture et la ritualisation des funérailles sont considérés par les anthropologues comme des caractéristiques essentielles de l’humanité. C’est ce rituel funéraire, qui semble si déplacé à notre époque dite moderne, qui souvent initie le difficile cheminement du deuil.

Les changements sociologiques majeurs tels que, l'urbanisation, la recomposition et l'éclatement géographique des familles mais aussi le fait que la société soit plus technique, hygiéniste, moins religieuse font qu’il n'y a pas pour autant de nouveaux rites mais des rites modifiés et des pratiques qui évoluent depuis plusieurs années, notamment celles générées par la crémation, avec une part croissante de cérémonies dites civiles.

Pourquoi les rituels apportent-ils souvent paix et sérénité ?

Les rites funéraires possèdent une dimension symbolique, générée par une culture capable de s'approprier la mort, de l'intégrer à la vie sociale et personnelle, et une dimension initiatique pour celui qui les vit.

Ils ont une fonction thérapeutique et éducative, car en soulignant la réalité de la disparition, ils empêchent de nier la mort et aident même à la penser.

Ils donnent un rôle à chacun, et font agir autant pour régler le devenir du défunt et permettre son souvenir que de maîtriser symboliquement les effets angoissants et destructeurs de la perte d’un être cher.

Enfin, ils proposent une signification religieuse à la mort elle-même comme passage à l'au-delà.

Le rituel a également pour fonction de provoquer, pour tout individu, l’émotion, de favoriser l’introspection, de procurer un apaisement, une paix intérieure et de permettre, pour toute communauté, de vivre ensemble la même chose, de favoriser le rapprochement, la communion.

Pourquoi un rituel crématiste ?

Les termes rite et rituel sont souvent interchangeables, mais en général un rite est formé de plusieurs rituels. Ainsi, au sein d’un rite crématiste, il y a plusieurs rituels qui sont organisés tels le rassemblement au funérarium, les discours au crématorium, la dispersion des cendres, la collation prise en commun, ….

S’il y a une dizaine d’années le pourcentage d’inhumations était bien supérieur à celui des crémations, la tendance a fortement évolué et le développement de crématoriums sur le territoire a supprimé cet obstacle à la pratique de la crémation.

Par ailleurs, on observe que plus de 90% des Français estiment apporter une très grande importance aux dernières volontés du défunt et demandent de plus en plus à s’impliquer dans les obsèques.

La crémation nécessite un rythme-temps différent de celui de l’inhumation, les familles ont besoin de ce temps pour s’approprier la mort d’un proche, la conceptualiser, pour ensuite accepter cette séparation, irrémédiable.

Ce sont les associations crématistes qui, dans un premier temps, s’inscrivent dans une dynamique de proposition de sens. D’abord par la pratique du testament, elles incitent les personnes à marquer leur choix de la crémation et à signifier leurs volontés. Ensuite, progressivement elles tentent de donner du sens au temps que dure la crémation en encourageant la personnalisation des cérémonies.

Pourquoi une cérémonie ?

L'introduction de rituels dans les cérémonies à l'intérieur des crématoriums répond à une demande, certes plus ou moins exprimée, mais rendue de plus en plus perceptible par le nombre de plus en plus grand de funérailles impliquant une crémation : 35% aujourd'hui et selon les prévisions de l’Association Française d’Information Funéraire entre 43 et 50 % en 2020, puis entre 50 et 55 % en 2030.

Aujourd’hui, la nature de la cérémonie doit avant tout refléter les dernières volontés du défunt, si celui-ci les a exprimées.

La cérémonie du dernier hommage, intervient comme un moment de basculement entre le temps consacré aux funérailles et le temps qui devient une durée pour se souvenir. Ce passage, consacré à la dernière étape en présence du corps et la nécessité de s’en séparer en lui donnant sa destination finale, se vit généralement comme une étape de partage et de solidarité entre les endeuillés et leur environnement social.

Le rituel crématiste permet d’assurer un hommage digne au défunt, de marquer par une cérémonie un moment particulier et mémorable, d’instituer l’étape de réintégration du défunt dans la mémoire après l’étape de séparation du décès, de créer un moment de communion, porteur de sens, d’apaisement, d’harmonie, et de ressourcement.

Il importe d’offrir au défunt ce dernier rite de passage, de le replacer dans la mémoire collective, de le rendre présent au passé (aux travers de quelques souvenirs, de certaines photos…), au présent (marquer sa présence physique, même cachée), et au futur (imaginer les traces et les empreintes qui resteront).

Ce moment de communion, de complicité, de compassion, d’harmonie  et de ressourcement marquent le début réel et nécessaire du deuil.

La cérémonie aide les proches et connaissances du défunt dans leur démarche de deuil et d’acceptation de la séparation définitive. Elle permet aussi de se dire correctement « au revoir », d’intégrer la séparation et d’ainsi faire un premier pas sur le difficile chemin du deuil.

Pour les crématistes, le crématorium est le lieu où la séparation avec le monde des vivants s’accompagne d'un «rituel de passage» d’une richesse symbolique incontestable.

En fonction des convictions religieuses, philosophiques ou culturelles «la cérémonie de passage», préparée par l’entourage seul ou avec l’aide d’un maître de cérémonies, professionnel des pompes funèbres, peut se dérouler par la lecture de textes, poèmes, prises de paroles personnalisées, de gestes et de musique.qui donnent un sens à la mort du défunt.

La musique y occupe souvent une place importante, notamment à l’arrivée du cercueil et durant le temps où l’assistance prend place dans la salle prévue à cet effet, au sein du crématorium.

Enfin, avant la crémation, les personnes présentes ont la possibilité de s’approcher une dernière fois du cercueil pour y déposer une fleur par exemple, ou faire part au défunt de son affection. Un registre de condoléances est mis à la disposition de l’assistance pour que chacun puisse laisser une trace à la famille et recevoir éventuellement en retour de celle-ci un message de reconnaissance.

Le rituel funéraire reste nécessaire.

Si les rites et rituels funéraires que proposent les différentes sensibilités en présence dans notre société peuvent apparaître superficiellement différents, en réalité, ils s’appuient sur une tradition séculaire ; tous convergent pour respecter une sorte de canevas universel qui procure quelques précieux moments de communion et d’harmonie qui seront les premières balises du long et difficile chemin qu’est le deuil.

D’une façon générale, après des décennies où les crémations étaient pratiquées quasiment à la sauvette et dans des lieux reculés, des cérémonies qui regroupent le corps social autour du défunt sont aujourd’hui organisées avec de plus en plus de solennité et un accompagnement pour l’ensemble des temps autour de la crémation permettant d’établir une continuité entre le défunt et la lignée humaine que les proches doivent perpétuer.

A cet égard, le crématorium permet de développer une sorte de « rituel des retrouvailles » fait d’échanges spontanés en parcourant l’album de famille, de témoignages à propos du défunt, ponctués de textes et musiques, parfois assortis d’un repas, ce que ne permettent pas les obsèques à l’église ou au cimetière.

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Date de dernière mise à jour : 05/03/2018