La crémation face à l’interdiction de polluer.

Quasi inconnue au début des années 80, la crémation convainc désormais plus d’un tiers des Français. Ils sont même 40 % dans le Nord-Pas-de-Calais. Mais la crémation pollue. Les crématoriums ont donc obligation, au plus tard cette année, d’installer des lignes de filtration empêchant le rejet de fumées dans l’atmosphère.

Dans le crématorium le plus récent de la région (il a ouvert en août 2015), les demandes sont sans cesse plus nombreuses. 470 crémations en 2016, 612 l’année suivante et déjà 321 depuis le mois de janvier 2018. « En moyenne, on en fait 50 par mois », calcule rapidement Amandine Duquesne, maître de cérémonie à Orchies.

Douce, souriante et affable, la jeune femme de 25 ans rompt avec l’image lugubre qu’on se fait encore parfois du métier. « Quand j’ai choisi cette voie, il y a deux ans, j’ai surpris mon entourage, avoue-t-elle. On imagine un métier difficile mais moi, je me sens utile. Je suis là pour rendre le plus bel hommage possible au défunt et pour apaiser la douleur des familles. C’est ma plus belle récompense. »

À Orchies, les crémations ne s’enchaînent pas à un rythme effréné comme dans d’autres établissements plus importants. « Une cérémonie ici dure entre 30 et 45 minutes. Je prépare ce moment deux ou trois jours avant avec les membres de la famille pour que tout se passe pour le mieux. Je leur conseille de choisir des musiques qui leur rappellent le défunt, ainsi que des textes déjà prêts ou plus personnels. »

Le cercueil, exposé pendant la cérémonie, est ensuite dissimulé derrière un épais rideau avant de prendre la direction du four. « Chaque établissement a sa méthode. Dans certains lieux, on voit le cercueil partir. Ici, on a préféré le rideau, c’est plus doux. Et ça marque symboliquement la coupure. » Les proches ont la possibilité d’assister à l’incinération par écran interposé mais rares sont ceux qui en font la demande. On comprend pourquoi. Ils quittent donc le crématorium et ne reviennent qu’une fois toute l’opération terminée. Une heure et demie en moyenne. Davantage pour les personnes très corpulentes.

Le cercueil arrive dans l’arrière-salle. Il est placé sur un chariot métallique avant d’être monté sur des rails, puis poussé dans le four par un bras métallique. La porte s’ouvre trente secondes, pas une de plus, et se referme sur le cercueil.

Deux brûleurs se mettent alors en route et d’importantes flammes ne tardent pas à envahir l’espace confiné. « On préfère les cercueils en pin ou en peuplier qui brûlent mieux et laissent moins de résidus, précise Amandine Duquesne. On demande également aux familles de faire attention à ne pas laisser avec le défunt d’objets à pile ou à batterie (pacemakers, cigarettes électroniques, téléphones mobiles…) qui provoquent des explosions dans le four. » Des dégâts qui, en plus d’être coûteux (60 000 euros), obligent les crématoriums à fermer trois semaines.

Une fois la crémation terminée et les cendres recueillies, les pièces métalliques sont récupérées et envoyées aux Pays-Bas pour être recyclées. « Tout le reste brûle ou fond, y compris les bijoux en or », affirme la jeune maître de cérémonie.

De nombreuses familles souhaitent malgré tout placer des objets personnels dans le cercueil (photos, dessins, objets fétiches…). « Des souvenirs qui partent avec le défunt et là aussi, c’est symbolique. »

Interdiction de polluer dès cette année

Le succès de l’incinération pose des problèmes environnementaux. Les solvants, les vernis des cercueils mais aussi les amalgames dentaires en mercure des défunts dégagent de nombreux produits toxiques : dioxine, monoxyde de carbone, oxydes de soufre, oxydes d’azote, composés organiques volatiles, acide chlorhydrique, acide sulfurique… La liste est longue.

En février 2010, l’État a publié un arrêté fixant « les quantités maximales de polluants contenus dans les gaz rejetés à l’atmosphère ». Un texte imposant à tous les crématoriums de France de se mettre aux normes au plus tard en 2018, en installant une ligne de filtration de l’air qui empêche le rejet de fumées. Coût de l’opération : 300 000 euros environ.

Pour mettre en place ce dispositif, les crématoriums qui n’étaient pas encore aux normes ont dû fermer plusieurs semaines et transférer les demandes vers d’autres structures. Ça été le cas par exemple à Roost-Warendin, dans le Douaisis, et Beuvrages, dans le Valenciennois. Conséquence immédiate : en février-mars, le crématorium d’Orchies a travaillé à flux tendu. « Sur le seul mois de mars, on a fait 120 crémations. C’est exceptionnel ! On faisait jusqu’à sept crémations par jour et il y avait quatre ou cinq jours d’attente », se souvient Amandine Duquesne, maître de cérémonie. Tout est désormais rentré dans l’ordre.

Ouvert il y a moins de trois ans, l’établissement d’Orchies était quant à lui déjà équipé d’une ligne de filtration. Ce qui explique en partie que les tarifs soient plus élevés que dans les autres établissements de la région.

Repères

- La crémation est autorisée en France depuis 1889 mais n’a été autorisée par l’Eglise catholique qu’en 1963. L’Islam et la religion juive interdisent toujours formellement cette pratique.

- Le premier crématorium du Nord - Pas-de-Calais a été inauguré à Wattrelos en 1981. À l’époque, environ 1% des Français choisissaient la crémation. Ils étaient même moins de 1% dans le Nord - Pas-de-Calais. Aujourd’hui, 37,5% des Français font ce choix. Ils sont encore plus nombreux dans le Nord - Pas-de-Calais (40%). Ce chiffre atteint même les 50% dans les zones urbaines, comme dans l’agglomération lilloise.

- On compte désormais 183 crématoriums en France dont 12 dans le Nord - Pas-de-CalaisTrois projets devraient voir le jour d’ici à 2020, à Rety, Hénin-Beaumont et Fourmies. Les crématoriums peuvent être gérés par les collectivités locales, comme dans la métropole lilloise ou dans l’agglomération de Lens-Liévin, ou par des entreprises privées. C’est notamment le cas à Orchies.

- D’après un sondage du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) réalisé en 2017, d’ici vingt ans, 52% des Français choisiront la crémation contre 25%, l’inhumation. 23% restent indécis mais « on pense que deux tiers d’entre eux s’orienteront vers la crémation », estime Maurice Thoré, le président de l’Association des crématistes du Nord de la France.

« Ne pas peser sur ceux qui restent »

Entretien avec Maurice Thoré, Président de l’Association des Crématistes du Nord de la France.

– L’augmentation des demandes de crémation est exponentielle, de l’ordre de 1,5 à 2 % par an. Comment expliquez-vous ce succès ?

« Il y a plusieurs facteurs. Philosophique d’abord. Les personnes qui font aujourd’hui le choix de la crémation sont celles de la génération baby-boom. Elles ont un attachement particulier à la nature et se retrouvent dans le slogan des crématistes : «la Terre aux vivants ». Social ensuite. Aujourd’hui, les familles sont beaucoup plus éclatées qu’avant et il y a la volonté de ne pas peser, même si je n’aime pas ce terme, sur ceux qui restent. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de souvenir. Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants. Religieux enfin. L’Église catholique a longtemps été un frein à la crémation. Même si elle n’encourage toujours pas cette pratique, elle la tolère. Et puis les nouvelles générations sont aussi moins pratiquantes. »

– Combien coûte une crémation ?

« La taxe de crémation est d’environ 550 euros. Ensuite, ça dépend du choix du cercueil, de l’urne, du cérémonial… Tout compris, ça peut aller de 2 500 à 4 500 euros. Ça reste moins cher que l’inhumation puisque, à lui seul, le monument mortuaire coûte 3 000 euros. »

– Combien de temps dure-t-elle ?

« Ça dépend de la corpulence mais en moyenne, une heure et demie. Et on retrouve environ 1,5 litre de cendres. Les proches réclament désormais des rituels. Ils ont besoin d’un temps d’expression, d’une musique qui leur rappelle le défunt, ils veulent se recueillir… ça fait partie du travail de deuil. Et les crématoriums s’adaptent à ces nouvelles demandes en organisant des cérémonies. Il reste toutefois deux étapes difficiles, qu’il faut préparer : le moment où le cercueil part au four et celui de la prise de conscience de la crémation, quand on récupère l’urne. »

– Que fait-on des cendres ?

« On peut toujours les disperser en pleine nature ou au Jardin du souvenir, les placer au columbarium ou dans un tombeau de famille. Mais on ne peut plus les ramener chez soi à cause de tensions au sein de certaines familles. Depuis 2008, on a aussi une obligation de traçabilité. C’est-à-dire qu’on doit indiquer à la commune de naissance du défunt à quel endroit on va disperser les cendres. »

– Peut-on refuser la crémation d’un proche ?

« Pour la justice, ce qui prévaut c’est l’expression de la volonté du défunt. On conseille donc à nos adhérents de rédiger un testament. Ce qui peut arriver le plus souvent, c’est un désaccord entre les membres de la famille sur la destination des cendres. C’est pourquoi il est important de le préciser aussi dans le testament. Dans l’attente d’une décision, les proches peuvent laisser les cendres au crématorium, jusqu’à un an maximum. Passé ce délai, elles sont dispersées au Jardin du souvenir. »

 

Source : La Voix du Nord 10/05/2018 _ Karin Scherag 

 

Funérailles républicaines

Les députés viennent de donner leur feu vert pour l’organisation dans les salles municipales de cérémonies d’obsèques laïques. De plus en plus demandées, ces cérémonies sont, pour le moment, plutôt assurées par des professionnels.

Que dit la proposition de loi ?

Mercredi soir à l’Assemblée, les députés ont adopté une proposition de loi qui prévoit que «  chaque commune, dès lors qu’elle dispose d’une salle adaptable, mette celle-ci à disposition des familles qui le demandent et garantisse ainsi l’organisation de funérailles républicaines  ». Les élus qui le souhaitent pourront participer à la cérémonie. Si elle est validée par le Sénat, cette proposition pourrait donc permettre au défunt et à sa famille d’être «  accompagnés par la cité  », s’est félicité le rapporteur PS Hervé Féron. En fait, la possibilité de choisir des funérailles civiles est reconnue par la loi de 1887 mais elle n’a aucun caractère obligatoire pour les communes. Et, de fait, les familles qui souhaitent des cérémonies laïques ont plutôt recours aux sociétés funéraires privées.

Ce qui se fait déjà dans le privé.

Plus important crématorium de la région, celui de Wattrelos propose ainsi des cérémonies personnalisées : «  Si les personnes le souhaitent, un maître de cérémonie peut lire des textes et nous passons la musique choisie par la famille  », explique le responsable, Alain Vandeputte. Sur 2 500 crémations annuelles, l’établissement compte 42 % de cérémonies laïques : «  La demande augmente ces dernières années.  » En tout, la location de la salle, du matériel sono et la prestation coûtent 107 €. Même tendance du côté des pompes funèbres avec des cérémonies proposées à partir d’une centaine d’euros qui comprennent textes et musiques. «  Presque toutes les familles demandent un maître de cérémonie et nous avons de plus en plus de demandes d’obsèques civiles  », témoigne Michaël Coquerel, chez Roc Eclerc à Valenciennes. «  Si le salon funéraire n’est pas utilisé, nous nous déplaçons à domicile, au crématorium ou dans les salles des fêtes. » Pour les entreprises que nous avons contactées, la loi, si elle est adoptée, ne changera pas grand-chose : «  Il faudra quand même dire un mot au cimetière ou dans le crématorium.  »

Ce qui se fait aussi dans le public.

Président de l’Association des maires du Nord, Patrick Masclet, sénateur-maire LR d’Arleux (2 570 habitants), affirme que l’adoption de la loi ne changerait rien pour lui puisqu’il fait déjà tout ! «  Si on me le demande, et cela arrive deux ou trois fois par an, je prends la parole au cimetière, on défile avec le cercueil et on prête volontiers la salle contre un don au CCAS.  » Maire divers gauche de Villeneuve-d’Ascq (63 000 habitants), Gérard Caudron prête lui aussi déjà la salle  : «  Il n’y a pas besoin de loi pour ça.  » Même sérénité pour Jean-Pierre Bataille, maire LR de Steenvoorde (4 000 habitants) : «  Je n’ai aucune opposition à ce projet. En revanche, je ne parlerai pas lors des cérémonies. »

Par la rédaction pour la Voix du Nord, Publié le 02/12/2016.

Par Sophie Filippi-Paoli.

La crémation dans l'air du temps.

Dans une ancienne chapelle du cimetière de l’Est, à Lille, des petites cases noires se superposent. Sur chaque porte en marbre, une simple plaque, gravée du nom du défunt. « Le columbarium est l’un des espaces de mémoire que nous proposons. Nous en aménageons régulièrement, car les défunts font de plus en plus le choix de la crémation », assure Stéphane Lancel, le conservateur.

Le premier crématorium de la région, à Wattrelos, était une curiosité. Lorsqu’il fut construit en 1981, la crémation représentait un seul petit pour cent des décès. Aujourd’hui, 35 % choisissent cette pratique de funérailles en France et les habitants du Nord - Pas-de-Calais optent pour elle à plus de 40 % (même plus de 50 % dans les grandes villes). Selon les études, elle devrait concerner plus de deux tiers des décès dans les vingt ans à venir. Si bien que 12 crématoriums, souvent en délégation de service public, sont sortis de terre dans les deux départements et deux autres pourraient voir le jour à Hénin-Beaumont et à Rety, près de Boulogne.

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Ce qui attire en masse ? «  La sobriété, la discrétion et la liberté de conserver ou disperser les cendres  », explique Maurice Thoré, président des Crématistes du Nord de la France. Jardin du souvenir, cave-urne, puits de dispersion, columbarium, ou simplement en pleine nature (en dehors des voies publiques) ou en mer. Seule la conservation de l’urne à la maison est interdite par la loi du 19 décembre 2008 relative à la législation funéraire. La crémation est un geste environnemental : elle polluerait 1,5 fois moins qu’une inhumation, car de nouvelles techniques permettent de filtrer les rejets toxiques. Cette solution tente aussi les chrétiens, depuis que l’Église, longtemps opposée, a annoncé qu’elle la tolérait en 1963.

« Ce sont les communes qui fixent leurs prix, très variables : entre 100 et 1 500 € l’emplacement pour trente ans. »

Avec le boom de la crémation, la législation a dû s’adapter. Toutes les communes de plus de 2 000 habitants sont tenues de réserver un espace cinéraire dans leur cimetière. « 240 communes de la région sont concernées. 410  autres de taille moindre nous ont même assuré qu’elles avaient aussi un endroit dédié, confie Maurice Thoré. Ce sont elles qui fixent leurs prix, très variables : entre 100 et 1 500 € l’emplacement pour trente ans. »

La pratique a évolué si rapidement que l’organisation a parfois du mal à suivre. Quelques « hics » ont été constatés, comme en août, à Valenciennes, lorsqu’une famille a été prévenue in extremis que l’urne devant laquelle elle finissait de se recueillir n’était pas celle de la grand-mère. Maurice Thoré souhaite « mettre en place des comités d’éthique qui définissent les améliorations à apporter, pour éviter que ces anecdotes malvenues se reproduisent  ».

Un nouveau mot ?

« Incinérer, c’est le terme qui convient pour le traitement des déchets par le feu. Pour un corps, c’est assez péjoratif », remarquent les membres des crématistes.

Eux aimeraient dire « crématiser » », pour l’action de la crémation, mais ce mot n’existe pas dans le Larousse.

Nous avons fait des demandes officielles auprès de l’Académie française pour que ce verbe soit reconnu, annonce Maurice Thoré, Président de l’association.

Pour l’instant, c'est sans succès, on parle de « procéder à la crémation.»

Web-souvenir.

Le funéraire n’échappe pas à la tendance du monde connecté : un flashcode sur une plaque d’urne, ça existe déjà ! Grâce à un smartphone, on accède à une page Web, créée par la famille ou par le défunt de son vivant, sur la vie de ce dernier, avec texte, photos, vidéos… Un moyen de laisser une trace indélébile.

Il est déjà possible de suivre une cérémonie de crémation en ligne dans certains pays, comme la Belgique, et ça ne devrait pas tarder en France. En un clic, voilà l’internaute connecté au crématorium en direct.

Des économies de temps et d’argent pour la famille et les amis qui habitent loin.

« Spot message », une application dans le style de Pokémon Go a été créée cette année par une entreprise de pompes funèbres japonaise, selon le Japan Times.

Cette fois, les chasseurs de cimetières doivent attraper des messages préenregistrés par des défunts.

Par la rédaction pour La Voix du Nord, Publié le 1er novembre 2016.

Par Alix PENICHOU

Wattrelos : le choix du feu plutôt que de la terre pour les défunts.

Le crématorium de Wattrelos accueillait hier samedi les familles endeuillées en 2014. Leurs proches défunts avaient choisi l’incinération au lieu de la mise en terre. Cette préférence a-t-elle permis à leur famille de faire leur deuil ? Témoignages.

 La salle était comble pour la cérémonie du souvenir au crématorium de Wattrelos. Photo Hubert Van Maele

VDN

La salle était comble pour la cérémonie du souvenir au crématorium de Wattrelos. Photo Hubert Van Maele

A travers les cinq grandes baies vitrées, on voit les arbres couleurs d’automne. À l’intérieur, tous sont debout dans un moment de recueillement silencieux. La salle de cérémonie du crématorium de Wattrelos était comble samedi matin.

Quelque 150 personnes, touchées par la mort d’un proche en 2014, ont assisté à la « cérémonie du souvenir ». Organisée par la Métropole européenne de Lille sur ses deux structures – le crématorium de Wattrelos et celui d’Herlies – cette cérémonie d’hommage collectif a lieu tous les ans à une période proche de la Toussaint depuis dix ans.

Marie-Claude Brion et son frère Michel, tous deux Hémois, assistaient pour la première fois à une cérémonie du souvenir. « Pour le décès de mon beau-frère, on avait vraiment bien été accueilli, assure Michel. Ça ne s’était pas du tout fait dans la douleur. On vous réconforte et on aide le défunt à partir en racontant de belles choses sur la vie qu’il a eue. »

Appuyée au bras de son frère, Marie-Claude Brion abonde dans le même sens : « C’était très bien. Pour nous deux, tout est prêt. On se fera incinérer. » Pas besoin de lieu de recueillement pour faire son deuil ? « C’est la croix et la bannière pour trouver un emplacement dans les cimetières », lance Michel. « Et puis de toute façon, on n’y va qu’une fois par mois, renchérit sa sœur. Mon mari, il est là et là », en touchant son front et son cœur.

Jardin du souvenir, lieu de recueillement

Un peu plus loin, Martine Vanmullem assiste avec son petit-fils Mickaël à la mise en terre de trois bouleaux plantés symboliquement aux abords du crématorium. La grand-mère est catégorique ; elle ne voulait pas que son mari soit enterré. « Je trouve que l’incinération est plus saine et plus naturelle. »

Pour la grand-mère et son petit-fils, pas de doute : la crémation permet de faire son deuil autant que l’inhumation. Mickaël raconte : « On était dans une salle, où on a pu passer la musique qu’il aimait bien, et on a pu lui rendre hommage. »

La crémation, un meilleur moyen pour vivre la mort d’un proche ? « C’est moins violent, et ça ne m’empêche pas d’y penser même s’il n’y a pas de tombe. » Les parents et le mari de Martine, Wattrelosienne de 66 ans, ont tous été incinérés. « Mes parents ne voulaient pas d’une tombe où on n’irait pas. » Leurs cendres ont tout de même été dispersées dans le Jardin du souvenir du cimetière de Wattrelos. Une façon d’avoir quand même un lieu de recueillement.

Par la rédaction pour La Voix du Nord, Publié le 24/10/2015

Par Pierre-Louis CURABET

Caudry : le crématorium de la 4C a organisé deux veillées du souvenir .

Ouvert depuis le 1er avril 2014, le crématorium de la communauté du Caudrésis-Catésis a procédé à 913 crémations, dont 639 depuis le début de cette année. La semaine dernière, deux veillées du souvenir y ont été organisées.

Chaque famille a accroché le nom de l'être cher.

Chaque famille a accroché le nom de l'être cher.

La perte d’un être cher est une douleur indicible qui s’estompe avec le temps, mais jamais ne disparaît. Le souvenir de la personne disparue reste dans le cœur de chacun.

Dans cette perspective, le crématorium de la 4C, a proposé deux rendez-vous originaux, des veillées du souvenir, en ce début du mois de septembre. L’an passé, une seule avait été proposée.

Le principe ? Les familles endeuillées se retrouvent pour un moment de recueillement autour des quatre employés du crématorium.

Ce vendredi, Jacques Olivier, vice-président de la 4C, et responsable de ce service proposé par la structure, les a accueillies en présence de la chorale de Bertry qui a donné une note musicale nostalgique à cette cérémonie.

Sur l’écran, dans la salle : « Le chagrin de l’avoir perdu ne doit pas nous faire oublier le bonheur de l’avoir connu ».

Et dans la salle, deux arbres du souvenir sur lesquels les familles ont pu accrocher une petite ardoise portant le nom et le prénom de leur défunt.

Les quelques lectures et les chansons ont certes ravivé la peine des familles. Mais elles ont surtout permis de se recueillir à nouveau, avec le recul nécessaire à l’acceptation du deuil.

Avec ces veillées du souvenir, Jacques Olivier a expliqué souhaiter asseoir « le label de service publique du crématorium. Nous sommes là pour répondre à la demande des gens touchés par un deuil. Nous devons et nous savons être humains ».

« Pour cela, chaque cérémonie est unique et notre fonctionnement est totalement laïc », a poursuivi Jacques Oivier, qui, ensuite, a également souligné au passage « le professionnalisme, la discrétion, la disponibilité de l’équipe, ce qui nous vaut un taux de totale satisfaction, puisqu’il est de l’ordre de 98 % ».

Par la rédaction pour La Voix du Nord

Publié le 12/10/2015

Nouveau crématorium de Dunkerque: «La vie doit y trouver sa place» .

Clin d’œil de l’histoire, le nouveau crématorium de Dunkerque est inauguré l’année des 125 ans de l’entreprise de pompes funèbres dunkerquoise Vandenbussche, qui gère l’équipement. Plus grand, plus moderne, aux normes, il est adapté au nombre de crémations organisées chaque année sur le territoire.

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La plus grande salle de recueillement a été imaginée par l’architecte « en amphithéâtre », pour une plus grande proximité des familles.

Elle n’est plus une rareté. Désormais, à Dunkerque, la crémation représente 35 % des actes funéraires, un chiffre dans la moyenne nationale. Mais l’équipement qui permettait jusqu’à maintenant d’assurer cet acte n’était plus à la hauteur. « Le crématorium de Dunkerque a été construit en 1992. Nous étions un peu à l’avant-garde, mais à l’époque, 145 crémations étaient effectuées chaque année, rappelle Frédéric Vandenbussche, co-gérant de la SARL du même nom et du Centre funéraire Grand Littoral, qui exploite le crématorium. Aujourd’hui, nous sommes à 1 000 crémations par an. Et cela évolue régulièrement. »

Quatre fois plus grand que l’ancien

Il a donc fallu en construire un nouveau, toujours sur le site du cimetière de Dunkerque, près des Quatre-Écluses. Le crématorium Grand Littoral, dessiné par l’architecte dunkerquois Dominique Baille, a nécessité neuf mois de travaux, pour être inauguré la semaine dernière.

Avec ses 1 000 m2 (quatre fois plus grand que l’ancien), il dispose d’un équipement de crémation répondant aux dernières normes sur la filtration des rejets. Pour l’accueil des familles, deux salles de cérémonie (100 et 300 places assises) remplacent les 60 places de l’ancien crématorium. « Nous avons travaillé avec l’architecte sur la circulation, note Frédéric Vandenbussche. Que ce soit pour l’entrée ou la sortie, tout a été pensé pour que le parcours se fasse par étapes. Les familles pénètrent d’abord dans des préaux, puis des halls. Il n’y a rien de brutal. De même, elles peuvent sortir du bâtiment par d’autres portes que celle de l’entrée. On n’a pas forcément envie de croiser du monde dans ces moments-là. » Une autre salle, de remise des cendres, permet aux familles de récupérer l’urne et de se retrouver au calme « le temps qu’elles veulent, ajoute Frédéric Vandenbussche, qui résume la philosophie des lieux : La vie et l’humanité y ont toute leur place. » La famille Vandenbussche a aussi pensé à « un arbre du souvenir » : dans le hall, il accueille des bristols avec le nom de toutes les personnes défuntes. À chaque Toussaint, une cérémonie du souvenir avec tous ces petits papiers sera organisée.

Les questions que l’on se pose

- Que deviennent les cendres ?

En leur totalité, elles sont soit conservées dans l’urne cinéraire, qui peut être inhumée dans une sépulture ou déposée dans une case de columbarium ou scellée sur un monument funéraire à l’intérieur d’un cimetière ; soit dispersées dans un espace aménagé à cet effet d’un cimetière ; soit dispersées en pleine nature, sauf sur les voies publiques. Dans ce dernier cas, une déclaration à la mairie de la commune du lieu de naissance du défunt doit être faite.

- Une crémation est-elle possible après un enterrement ?

La crémation des restes des corps exhumés est autorisée, à la demande du plus proche parent, par le maire de la commune du lieu d’exhumation.

En chiffres

- 35 % des actes funéraires sont des crémations dans le Dunkerquois. 1 000 par an, contre 145 en 1992.

- 594 € TTC, le prix de l’acte de crémation, incluant la salle de recueillement.

- 2,5 millions d’euros, l’investissement porté par le Centre funéraire Grand Littoral, filiale de la SARL Vandenbussche.

- 600 000 €, le prix de l’appareil de crémation.

- 3 emplois directs créés avec le nouveau crématorium.

- 25 ans, la durée de la délégation de service public accordée par la communauté urbaine de Dunkerque au Centre funéraire du littoral.

Publié le 08/06/2015 Par la rédaction pour La Voix du Nord,

Benjamin CORMIER - PHOTOS Marc DEMEURE

Pompes funèbres: là aussi, internet étend sa toile…

Pour Antoine Marchand, jeune entrepreneur de pompes funèbres à Gondecourt et Seclin, « de nouvelles tendances » se dessinent autour du deuil : le métier séduit les jeunes, l’écologie et la personnalisation sont au cœur des préoccupations. Et internet gagne du terrain.

Le jeune entrepreneur joue la carte de l’internet, sans négliger le contact humain ni la personnalisation de la cérémonie.

Bien évidemment, l’essentiel des rituels autour de la mort reste immuable. Malgré tout, des changements s’esquissent depuis plusieurs années. Antoine Marchand, entrepreneur de pompes funèbres avec son père Paul, à Gondecourt et Seclin, estime à environ 60 % le nombre de cérémonies religieuses aujourd’hui. Quant à la crémation, elle représente chez lui environ la moitié des funérailles.

Est-ce parce que les proches ont parfois été… loin du défunt ? Ou pour contrecarrer des funérailles civiles qui paraissaient souvent anonymes ? En tout cas, « ce que veulent aujourd’hui, les familles, c’est personnaliser la cérémonie », constate le presque trentenaire. Cela passe par le choix du cercueil, qui peut aujourd’hui prendre des couleurs : gris, vert bleu… Plus écologique, il peut même être fabriqué en carton, plaqué bois…

Dessins d’enfants, diaporama…

De plus en plus souvent, on y dépose des dessins d’enfants, une photo, parfois des petits mots. Antoine Marchand passe aussi du temps à préparer la cérémonie, surtout quand la famille souhaite des musiques et un diaporama. Toute la vie du défunt défile alors, comme (paraît-il) au moment où l’on meurt…

Mais c’est internet qui, dans ce domaine particulier qu’est la mort comme partout ailleurs, modifie les pratiques. La rubrique « Nécrologies » de La Voix du Nord reste l’une des plus lues mais internet gagne du terrain. Notre journal a désormais son site : memoire.lavoixdunord.fr. Sur le sien, Antoine Marchand poste tous les faire-part, on peut y déposer des condoléances, qui sont ensuite transmises à la famille par mail. Et l’on peut commander directement des fleurs. Pratique, quand on est loin.

La Voix du Nord

Publié le 31/10/2015 par Isabelle Ellender

La crémation a de plus en plus de succès, surtout dans les villes

La crémation continue sa marche en avant, inexorablement. Un phénomène qui n’est pas près de s’arrêter d’autant que les équipements se multiplient, dans la région et ailleurs. Dans le même temps, la professionnalisation des cérémonies – rançon du succès oblige – se poursuit.

À Herlies, le crématorium propose aussi un jardin du souvenir.  PHOTO Édouard BRIDEVDNPQR

A Herlies, le crématorium propose aussi un jardin du souvenir. PHOTO Édouard BRIDE

Onze crématoriums dans la région aujourd’hui – contre un seul il y a un peu plus de trente ans (Wattrelos en 1981) – en attestent : ce mode de funérailles séduit de plus en plus. Concrètement, ils sont 34 % à faire ce choix aujourd’hui dans la région, tous secteurs confondus, et jusqu’à 50 % dans les zones les plus urbanisées, comme la métropole lilloise. Avec des records dans certains crématoriums : 2 300 crémations à Wattrelos, 2 200 à Vendin-le-Vieil, 2 200 à Herlies.

Un dernier sondage indique même qu’un Français sur deux « fait le choix de la crémation ». C’est dire la marge de progression… Et les choses continuent d’évoluer, comme le souligne Maurice Thoré, président des Crématistes du nord de la France, qui souligne qu’aujourd’hui « les citoyens sont plus attachés à une personnalisation de leurs funérailles ».

« On ne peut plus bricoler un adieu crématiste », poursuit-il, ce qui éventuellement pouvait être le cas lors des premières années quand cette pratique était souvent l’apanage de militants. Cette exigence est aussi d’autant plus importante que la plupart des religions – catholicisme, protestantisme, mais pas le judaïsme – tolèrent ce mode de funérailles désormais.

– Un manque dans l’Audomarois.

Pour Maurice Thoré, il n’y a guère que l’Audomarois où il manquerait encore aujourd’hui un crématorium… Alors que certains, plutôt récents – Boulogne en 2013, Caudry en 2014, Beaurains en 2012 – ont permis de combler des manques. Sachant qu’aujourd’hui, 30 % des personnes font le choix de la crémation pour ne « pas embarrasser la famille », 16 % pour des raisons écologiques, loin devant finalement des raisons économiques.

– La dispersion préférée au columbarium.

Une fois la crémation réalisée, c’est la dispersion des cendres qui a le plus le vent en poupe : 50 % des personnes font ce choix. Les autres optent pour une urne dans un columbarium – obligatoire uniquement pour les communes de plus de 2 000 habitants – ou dans le caveau de famille. À noter que la dispersion des cendres ne peut se faire sur la voie publique ou dans un lieu public (stade, jardin public, etc.). Depuis 2008, il est aussi interdit de conserver les cendres à domicile. Enfin, il est obligatoire de déclarer ce qu’on a fait des cendres du défunt auprès de sa commune de naissance.

– La mort, un tabou ?

Partant du principe, explique Ludovic Danneels, délégué pour le Nord d’Alliance Vita, que nos sociétés actuelles ont tendance à « refouler l’idée de la mort », en effaçant les « rites de deuil », l’association a mené l’enquête pour savoir ce que la mort représentait pour le public. « L’idée, poursuit Ludovic Danneels, était de libérer la parole là-dessus. » En France, quelque 2000 personnes ont été abordées, et 1 000 réflexions ont été couchées sur le papier (une quarantaine dans la région). Des paroles fortes, fruit, explique Sophie Delpierre, membre de l’association, « d’échanges vrais et simples ». Comme : « Oser parler de la mort de mon père m’a libérée », « La perspective de la mort devrait nous permettre de nous attacher à ce qui est vraiment important : l’autre. »

Des témoignages qui parlent aussi de la fin de vie, souvent « l’occasion de découvrir ou redécouvrir les proches ». Au final, une expérience qui rappelle que « la mort est notre seul patrimoine vraiment commun », et qu’en parler permet de vivre de manière « plus apaisée ». Des témoignages sont encore possibles (www.parlonslamort.fr).

En questions

Où peut-on être enterré ?

Le défunt peut être inhumé dans trois cimetières différents : celui où se trouve le caveau de famille, celui de son lieu de résidence, et enfin celui de la commune où il meurt (dans le cas par exemple, d’un décès à l’hôpital). C’est le maire qui au final accorde le droit d’inhumer dans sa commune. Il est toujours possible également de faire une demande d’inhumation dans une commune de cœur, mais souvent la réponse est négative. Enfin, c’est à la municipalité que revient la charge de gérer le cimetière, en s’assurant – notamment via les exhumations – qu’il y ait suffisamment de place pour les nouvelles concessions.

Combien ça coûte ?

Même si les prix varient selon les prestations (cercueil, fleurs, annonce…), Maurice Thoré estime à 2 200 - 2 500 € le coût des funérailles par crémation, contre 3000€ pour une inhumation. Quoi qu’il arrive, la crémation est donc plus économique, d’autant plus si on doit acheter un monument… À noter que le prix d’une concession et sa durée sont fixés par la commune. Dans les deux cas, les variations sont importantes. Ainsi, par exemple, à Arras, une concession de quinze ans coûte 52 € le m2 (comptez-en deux pour un caveau), 110 € pour un corps à Dunkerque, et 160 € à Lille. De toute façon, comme on ne choisit pas le lieu où on va mourir…

Par la rédaction pour La Voix du Nord,

Publié le 01/11/2014 par Bernard VIREL

Ouverture du Crématorium de Caudry

Presentation du crematorium

1. Le principe. Voilà une réalisation de la 4C que son président n’a « pas envie d’inaugurer ». L’humour était de mise dans les rangs des nombreux maires de la communauté de communes du Caudrésis-Catésis lundi soir. Façon de détendre l’atmosphère singulière liée à la présentation d’une infrastructure bien particulière. Oui, le crématorium intercommunal est un équipement structurant, a plus sérieusement rappelé Gérard Devaux au parterre d’élus et de professionnels du funéraire réunis dans la grande salle de cérémonie de 140 m2 vouée à accueillir les familles venues rendre hommage à leur défunt avant son incinération. « C’était un besoin qui existait sur notre territoire, et même au-delà du Cambrésis… On va très loin aujourd’hui pour faire une crémation. »

2. Le fonctionnement. Le tarif a d’ailleurs été calculé par rapport à ce qu’il en coûte actuellement pour recourir à des structures situées à trente ou quarante kilomètres : « Nous avons l’intention d’avoir un prix de crémation maîtrisé, qui sera voté par le conseil communautaire, de l’ordre de 620 € tout compris. » Et pour rester dans les modalités de fonctionnement, ce sont les pompes funèbres municipales caudrésiennes qui se sont vu confier la gestion du crématorium en régie intercommunale, en attendant de pouvoir régler « un certain nombre de problèmes administratifs ou réglementaires » liés à l’affermage à un opérateur privé.

3. La technique. Le crématorium du Caudrésis-Catésis ou 3C (nom retenu faute de mieux, puisque des appellations telles « l’autre rive » et « l’autre rivage » étaient déjà prises) est équipé d’un four, mais a été conçu pour en compter jusqu’à trois. Il a fallu également acquérir un scanner apte à détecter dans les cercueils, qui arriveront fermés, la présence éventuelle de matériaux risquant d’endommager les fours – du stimulateur cardiaque au téléphone portable. Inutile de préciser que de nombreuses normes s’appliquent à de tels établissements ; la 4C n’attend d’ailleurs plus que les autorisations préfectorales pour ouvrir le sien. Qui est même, avance Gérard Devaux, « aux normes plus » puisque d’ores et déjà conforme à la nouvelle réglementation qui entrera en vigueur en 2018 concernant les dispositifs de filtration... Plus près de nous, il pourrait ouvrir d’ici quelques semaines, peut-être même « quinze jours », estime un élu.

4. Le bâtiment. Au chapitre de l’architecture enfin, le bâtiment, revêtu d’un bardage bois, matériau que l’on retrouve souvent dans les différentes salles, comporte aussi des « salles de convivialité », par exemple pour « des gens extérieurs à la famille ». Deux entrées ont été prévues, l’une réservée aux familles, l’autre pour les professionnels. Dehors, un jardin du souvenir, fleuri, permettra la dispersion des cendres.

La Voix du Nord

Publié le 26 février 2014

Date de dernière mise à jour : 22/05/2018